Avant
tout autre chose, lorsqu'on veut se faire chroniqueur d'un genre
musical, il faut trouver un point de départ. La solution
simple ici consiste à prendre le premier Led Zeppelin et
à placer ce pavé dans la marre britrock sixties comme
le premier acte d'existence hard rock. Cependant, même avant
le célèbre quator Anglais Led Zep', Black Sab' et
Deep Purple, il y avait toute une flopée de groupes qui
avaient sérieusement préparé le terrain :
Frank Zappa, les Yardbirds, Steppenwolf, Jimi Hendrix, Cream, Blue
Cheer et bien d'autres. Hendrix par exemple est le Dieu guitare,
descendu des cieux ayant révélé aux pauvres
rockers de la fin des années 60 tout ce qu'on pouvait faire
avec les pédales de disto, de résonance ou encore les
tiges vibrato si on les utilisait à bon escient, tout ce
matériel ayant apporté à la guitare la
puissance dont les musiciens avaient besoin pour l'invention d'un
nouveau genre. Afin de simplifier les choses, on en restera
à l'histoire classique dans sa version stricte et donc,
là où tout commence : 1969. Cette même
année en Angleterre les Yardbirds splittent donnant
naissance à Led Zeppelin ; Ritchie Blackmore
réfléchit à une nouvelle orientation pour son
groupe Deep Purple et Earth, un combo de la banlieue de Birmingham
se renomme Black Sabbath puis part avec son nouveau patronyme peu
avenant à la recherche d'une maison de disques. Au
même moment aux USA le Alice Coopers' Band sort son premier
album pas encore réellement hard rock. Après quelques
semaines seulement, Led Zeppelin a stabilisé un line-up,
répète et enregistre son premier album ; celui-ci est
descendu en masse par la critique et acclamé par le public.
La recette était simple : dynamiter le rock 'n' roll par des
solos sauvages, une batterie au son épais, un chanteur
polyvalent et jouer le tout à fort niveau sonore en live. Le
hard rock était né et Led Zeppelin I en était
le premier album officiel. Led Zeppelin ne restera pas longtemps
seul et une poignée de mois plus tard, en 1970, Deep Purple
refond son line-up et sort son premier album définitivement
hard, In Rock. De son côté, Black Sabbath,
après maintes tribulations, sort son premier LP
éponyme ; l'album est totalement novateur, plus encore que
le premier Led Zeppelin (bien que pas encore parfait) le
heavy-metal est né. Au delà de la paternité du
hard rock/metal et de leur nationalité britannique ces trois
groupes ont un point commun : celui d'être plus ou moins
dirigés par un guitariste chacun ayant sa touche personnelle
et chacun techniquement exceptionnel.
Jimmy Page et son jeu bluesy et expérimental pour Led
Zeppelin ; Ritchie Blackmore, son attaque des cordes tout en
finesse et ses influences néo-classiques avec Deep Purple et
Tony Iommi pour Black Sabbath, inventeur du son metal plus lourd
qu'un troupeau d'éléphants. Cette virtuosité
à la guitare deviendra une tradition dans le genre jusqu'aux
années 90 où certains se mettront à
considérer les solos comme ringards (même si beaucoup
de groupes moins connus continueront à en jouer). Si In
Rock, Led Zeppelin I et Black Sabbath sont parmis les premiers
albums du hard/metal, ces trois groupes recevront la reconnaissance
totale en 1971 et 1972, Led Zeppelin avec son étrange Led
Zeppelin IV, Black Sabbath avec le monstrueux Paranoid et Deep
Purple avec l'éternel Machine Head et leurs tubes respectifs
"Stairway To Heaven", "Paranoid" et "Smoke On TheWater".
C'est aux environs de 1973-1974 que les critiques rock finiront par
consentir à donner un nom à la nouvelle vague qui
commence à grossir et grossir des deux côtés de
l'Atlantique selon eux condamnée à
s'autodétruire sous peu. Ce sera hard rock mais à
l'époque on mélange un peu les genres, surtout que
Black Sabbath est en train de donner une signification au terme
heavy (lourd) et que ce nouveau mot embrouille un peu les pinceaux.
Pour les expérimentateurs du metal, les seventies sont la
décennie parfaite, tout reste à créer et
chaque groupe distille son propre son dans son coin. Thin Lizzy en
Irlande, Scorpions débute en Allemagne, Aerosmith et Alice
Cooper aux USA, Nazareth en Ecosse, Queen en Angleterre. Ces
groupes si ils peuvent être tous rassemblés sous la
même bannière ont chacun un feeling personnel mais le
plus souvent celui-ci reste clairement empreint des influences rock
'n' roll traditionelles. Aux USA, le patriotisme
célèbre des américains les poussent à
acheter en priorité les groupes maison. Délaissant
les groupes britanniques les habitants du nouveau monde se jettent
en masse sur les disques d'Aerosmith et surtout du premier
phénomène de la commercialisation du hard : Kiss ! Un
groupe de déguisés/maquillés basant leur promo
sur leur look improbable et commercialisant tout et n'importe quoi
estampillé à leur nom (des préservatifs
à la ?lunchbox? en passant il y a quelques années par
le cercueil (!!!)). En moyenne, les groupes américains se
démarquent des européens par des paroles plus
positives sur le sexe, l'amour et la fête alors que les
britanniques de Sabbath ou Deep Purple préfèrent le
bizarre, sombre et ésotérique.
Au milieu des années 70, Ritchie Blackmore fonde son second
groupe, Rainbow. Ce projet apportera au metal la passion pour la
fantaisie Tolkiennienne (mal suprême, donjons, dragons, magie
etc.). Black Sabbath, tout en participant à la
création du hard rock ouvre une porte de sortie grâce
à son son de guitare lourd et puissant : le heavy-metal.
Mais plus qu'un nouveau son, le heavy-metal apporte aux fans une
attitude et un look. Comme je l'ai dit dans mon prologue, Black
Sabbath, Deep Purple et Led Zeppelin n'étaient que des
hippies ayant découvert que le bouton 'son' sur
l'amplificateur pouvait se tourner dans un sens ou dans l'autre,
leurs looks et attitudes héritées de ce mouvement ne
correspondaient plus à leur musique et à l'air du
temps. La solution, c'est Judas Priest qui l'apporte. Cuir,
chaînes, clous, casquettes militaires et Harley Davidsons
deviennent avec ce groupe l'uniforme de la nouvelle
génération metal. La musique se fait plus puissante
et les symboles culturels du genre arrivent petit à petit.
Le premier, le headbanging vient des fans du groupe australien de
Boogie Hard AC/DC qui choquaient les biens pensants en remuant
leurs têtes chevelues en rythme. Le second, aujourd'hui
pompé par tous les styles de musique sont les
célébrissimes cornes inventées par Ronnie
James Dio (chanteur de Elf, Rainbow, puis de Black Sabbath) ; un
signe de main hérité de sa grand mère
italienne consistant a replier tout son poing sauf l'index et
l'auriculaire et censé servir à jeter un sort ou
à se protéger d'une malédiction. A force de
faire les 'cornes' en permanence pour saluer son public, Dio fera
passer aux fans cette habitude et elle deviendra le symbole du
metal. Depuis, j'ai vu des gens s'exciter index et auriculaire
levés à des concerts de Kyo, Hoobastank ou Good
Charlotte. Quoi qu'il en soit, la seconde moitié des
seventies permettra aux metalheads de se forger une identité
propre avec ses codes vestimentaires et ses symboles. De leur
côté, Black Sabbath et Alice Cooper développent
une imagerie scénique sombre (croix géante pour le
Sabbath, décapitation, pendaison et monstres pour Alice
Cooper) qui choquera et augmentera l'intensité des
shows.
A la fin des années 70, une dernière évolution
permettra d'abolir l'un des tabous du metal à
l'époque : celui du chant lyrique quasi obligatoire dans
chaque groupe. En effet, le metal s'est toujours fait l'honneur de
compter dans ses rangs beaucoup des plus grands chanteurs du Rock :
Dio, Gillan, Plant, Coverdale... Motorhead, groupe de metal
pionnier du punk et son leader/bassiste/chanteur Lemmy Kilmister
abolira cette loi grâce à un chant juste mais rauque,
véloce et puissant offrant une myriade d'opportunités
pour les années à venir. L'ère de la
création du heavy-metal est alors terminée, le genre
peut maintenant passer à son expansion pour des
années 80, pleines de gloire et
décadence.
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Date de création : 28/04/08 / Dernière mise à jour : 05/05/08 12:48 / 181 articles publiés
Histoire du métal - Les années 70: posté le lundi 05 mai 2008 12:08




